Jours 135 à 142

De Elk Lake à Timberline lodge

Jour 135

Le restaurant ouvre à 9h. Je me lève un peu avant et descends prendre mon petit-déjeuner. Œufs, bacon, pommes de terre et café. Toujours pas de pancakes au menu. J’enchaîne sur une douche chaude et je récupère mon colis de nourriture pour les 7 jours jusqu’à Timberline lodge. Je remonte plier ma tente puis je redescends me poser sur une table de pic-nic pour vérifier ma nourriture et mettre mon électronique à recharger. Puis, il n’y a plus qu’à attendre patiemment que tout charge. Et ça prend du temps, beaucoup de temps. J’en profite pour mettre à jour les 2 derniers articles du blog puis je retourne manger.

Il y a beaucoup de monde au lac. On est samedi, il fait beau, les gens viennent en famille faire du paddle, kayak, voilier…

Je décide de repartir à 4h dernier délais pour pouvoir avancer un peu avant la nuit. Mon sac est prêt.

3h45, un nuage de fumée envahit l’atmosphère. En moins de 5 minutes, on ne voit plus l’autre berge du lac. Les gens plient bagages, chargent les pick-up et partent. Un employé du resort explique que la fumée vient d’un incendie à l’ouest mais qu’il n’y a aucun risque ici. Je pense qu’il parle du Lookout fire qui préoccupe les hikers depuis plusieurs semaines. C’est un immense incendie un peu plus au nord qui génère beaucoup de fumée. En fonction de la direction du vent, il peut être particulièrement problématique. Un Sobo m’a raconté s’être retrouvé dans une pluie de cendres.

Je ne m’inquiète pas trop et commence de ranger mes dernières affaires pour partir au plus vite.

Un Ranger arrive sur le parking. Il m’explique que la fumée vient d’un incendie qui vient tout juste de se déclarer quelques miles à l’ouest d’ici mais qu’il ne faut pas s’inquiéter. Très bien… sauf que le PCT passe exactement à 1.2 miles à l’ouest d’ici…

Je lui demande si il est « safe » de retourner sur le PCT. Il me répond qu’il vient tout juste de fermer le PCT et que la meilleure chose à faire pour moi est de partir d’ici.

J’entreprends d’aller faire du stop en direction de Bend. Je croise le couple avec qui j’avais pris le petit-déjeuner à Shelter Cove il y a deux jours. Il viennent tout juste de sortir du PCT et sont passés très près du feu.

L’accès au PCT

Je trouve rapidement une voiture pour m’emmener à Bend. Je passe la nuit à l’hôtel et profite de la brasserie locale. J’ai bien compris que je ne pourrais pas retourner faire cette section. Il y a peu de chance que le feu soit éteint rapidement.

Jour 136

J’entreprends de faire du stop depuis Bend jusqu’à Sisters d’où je pourrais trouver une voiture pour monter jusqu’à McKenzie pass. C’est d’ici que je rejoindrais le PCT.

Je suis pris rapidement par une dame qui me dépose à Sisters. Je profite d’être là pour aller faire une course et en sortant du magasin, une voiture s’arrête et un monsieur me propose de me monter jusqu’au col. Efficace!

Le col est completement enfumé. Je ne m’attendais pas à ça. En descendant de la voiture, je retrouve Bootsie. Elle a réussi à passer avant que le trail ne soit fermé.

Je pars dans le mauvais sens. Un peu trop confiant sur la direction à prendre, je ne prends pas le temps de regarder la carte et pars vers le Sud. Je me rends compte de ma bêtise 20 minutes plus tard. Le chemin est tellement mauvais, que je n’ai pas eu le temps d’aller bien loin. Je fais demi-tour.

Le chemin traverse une coulée de lave sur plusieurs miles. Il n’y a que de la roche et pas la moindre trace de vie. C’est particulièrement désagréable pour les pieds et je fais très attention de ne pas me faire une cheville. Je regrette un peu mes bottes de marche et leurs semelles rigides.

Je termine ma journée à Big Lake Resort. C’est un camp de vacances pour enfants situé sur le bord d’un lac. J’arrive de nuit. La fumée est moins désagréable ce soir.

Les gestionnaires du camps mettent à disposition un bungalow pour les thru-hikers. Il y a tout, une cuisine, deux douches, une machine à laver… Je vais m’enregistrer au près du gardien puis vais poser ma tente au bord du lac.

Jour 137

La fumée est pire qu’hier. Je vais prendre le petit-déjeuner offert par le camp avant de reprendre mon chemin.

Peu après mon départ, je passe la marque des 2000 miles!

Plus j’avance, moins je supporte la fumée. J’arrive à Santiam Pass vers midi. Il y a une route.

Il fait chaud, la fumée devient de plus en plus dense, et le chemin monte. Ça devient insupportable. J’ai mal à la gorge et commence d’avoir mal au crâne. Je n’ai pas envie de respirer Ça toute la journée.

Je fais un détour par le parking pour voir si je peux trouver un moyen de partir d’ici. Une dame arrive pour recharger une cache à eau. C’est une trail Angel. Elle me propose de me redescendre à Sisters. Je l’aide à recharger les gallons d’eau et partons d’ici.

Je prends une chambre d’hôtel à Sisters. La situation est à peine mieux. Au moins je ne vais pas respirer ça à plein poumons toute l’après-midi.

Jour 138

Je retente ma chance. Je remonte en stop à Santiam pass. Il n’y a plus de fumée! Par contre, il pleut.

Le chemin serpente sur les crêtes toutes la journée. J’avance dans la brume. On n’y voit rien et le vent est de pire en pire.

Point de vue sur le mont Jefferson 🙂

Jour 139

Quand ça ne veut pas…

Il a plu toute la nuit. Je suis resté au sec mais je n’ai pas très bien dormi.

Je pars tard. Un peu avant 9h.

2 heures après mon départ, j’aperçois une femme sur un emplacement de camping sur le bord du trail. J’ai un mauvais pressentiment. Elle a un comportement bizarre. Elle essaye péniblement de se lever du tronc d’arbre sur lequel elle était assise. J’essaye de savoir si tout va bien. Elle commence par me dire que oui, mais je vois bien que non.

Elle a une soixantaine d’années. Elle tient à peine debout et tremble comme une feuille. Elle finira péniblement par m’expliquer qu’elle a mal au genou et à la cheville et qu’elle ne peut plus marcher. Je regarde sa balise GPS et m’aperçois qu’elle a déjà déclenché un SOS.

Elle est confuse et continue de me dire que ça va aller. Elle m’explique qu’elle a prit la pluie toute la journée hier et que toutes ces affaires son trempées. Elle a passé la nuit ici sans réussir à se réchauffer. Je lui fait ouvrir son sac pour voir si elle n’a pas des vêtements chaud. Elle sort une doudoune parfaitement sèche. Je lui fait enfiler.

Un autre hiker arrive. On s’aperçoit qu’elle n’a pas synchroniser sa balise avec son téléphone et qu’elle ne peut donc pas lire et envoyer de messages via son téléphone. C’est possible de le faire via la balise, mais il faut choisir les lettres une par une dans un menu déroulant. On s’aperçoit que le SAR (search and rescue) lui a envoyé plein de messages mais qu’elle n’a pas répondu. L’autre randonneur s’occupe de répondre. On lui prépare un café pour la réchauffer.

Quelques minutes après, elle reprend ses esprits. Elle nous explique qu’elle s’est blessée dans le champs de lave entre McKenzie pass et Santiam pass 2 jours plus tôt. Elle n’a pas voulu sortir du trail en pensant qu’elle pourrait gérer la douleur. Mauvaise idée… En plus, elle n’avait qu’un espèce de poncho en plastique pour se protéger de la pluie. L’équivalent d’un grand sac poubelle.

Nous attendons patiemment que le SAR arrive. Il y a une route à un peu plus d’un mile de notre position. La première équipe mettra 4 heures avant d’arriver. Il y a le responsable local des équipes de secours et un secouriste. Quelques minutes plus tard, une deuxième équipe de 4 jeunes volontaires arrive avec un brancard. Puis, encore une troisième équipe de 4 et un deuxième responsable. Ils nous expliquent qu’ils ont monté de la nourriture et de l’eau pour nous aussi. Nous n’en avons pas besoin mais le geste est sympa.

Je reste quelques minutes puis, la situation étant sous contrôle, le responsable nous explique que nous pouvons reprendre notre route.

J’ai perdu la moitié de ma journée de marche. Je suis récompensé par un beau couché de soleil sur le mont Jefferson.

Je passe un sommet et m’arrête un peu avant 8h.

Jour 140

Ce matin, le paysage est sympa. J’aime beaucoup être au dessus des nuages.

Il se met rapidement à pleuvoir. Je fais ma pause déjeuner sous le préau du petit magasin de Olalie Lake Resort. On est 9 la dessous, serré comme des sardines.

Je repars rapidement. Ça va bien finir par se calmer. Et ben non. Il a plu toute l’après-midi. Je finis ma journée de nuit après 28 miles. Je suis trempé de la tête aux pieds. Heureusement, mon sac de couchage est resté au sec dans mon sac à dos.

Jour 141

Il fait gris, et je n’arrive pas à faire sécher mes affaires.

Ça finit par se dégager en fin d’après-midi. J’ai même le droit à mon premier point de vue sur le mont Hood avec son petit chapeau de nuages.

Je me pose pour la nuit au bord d’un lac. Il me restera seulement 8 miles avant d’arriver à Timberline lodge demain.

Jour 142

J’arrive à Timberline lodge en fin de matinée. C’est un bâtiment en pierre et bois bati sur le flanc du mont Hood. C’est assez joli et surtout… Le restaurant fait buffet à volonté !

J’y retrouve Rainbow et Maximus et on fait honneur au buffet.

Ensuite j’essaye d’aller récupérer mon colis de nourriture pour aller jusqu’à Cascade Locks. Ils ne le trouvent pas. Je vérifie et m’aperçois que le colis est parti à Mazama (Crater Lake). Il me reste un peu de nourriture et il y a un petit magasin au village (governement camp) dans la vallée qui suffira à faire mon réapprovisionnement.

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